**Interviewer :** Aujourd’hui, nous avons le plaisir de recevoir Amadou Diallo, coordinateur des programmes éducatifs de **Génération Futures du Mali**. Dans un contexte où l’éducation et l’insertion professionnelle des jeunes sont des enjeux majeurs pour le développement du Mali, Amadou nous éclaire sur les actions concrètes de son organisation et les défis qu’elle relève au quotidien.
Qu’est-ce qui distingue fondamentalement Génération Futures du Mali des autres ONG éducatives présentes dans le pays ?
**Amadou Diallo :** La spécificité de **Génération Futures du Mali** réside dans notre approche holistique. Nous ne nous contentons pas de distribuer des fournitures scolaires ou de construire des salles de classe. Notre vision est de créer un écosystème complet autour du jeune : de l’accès à une éducation de qualité primaire jusqu’à l’insertion professionnelle ou la création de micro-entreprises. Par exemple, nous intégrons systématiquement des modules d’éducation civique, de santé reproductive et de gestion de projet dans nos programmes. L’objectif n’est pas seulement de former un élève, mais un citoyen actif et autonome, capable de contribuer à la résilience de sa communauté.
Concrètement, comment votre organisation aborde-t-elle le défi de l’abandon scolaire, surtout en milieu rural ?
**Amadou Diallo :** L’abandon scolaire est un fléau, particulièrement dans les régions de Kayes et de Sikasso. Notre réponse est double. D’abord, nous travaillons avec les familles et les chefs de village pour déconstruire les préjugés, notamment sur l’éducation des filles. Ensuite, nous avons mis en place des « écoles mobiles » et des « classes passerelles ». Ces structures permettent aux enfants qui ont dû quitter l’école pour travailler (souvent pendant la saison des récoltes) de rattraper leur retard. Nous offrons également des repas scolaires, car un enfant qui a faim ne peut pas apprendre. Enfin, nous formons des enseignants locaux à des pédagogies actives, rendant l’apprentissage plus attractif et moins dogmatique.
Quels sont les résultats les plus tangibles que vous ayez observés grâce à vos actions ?
**Amadou Diallo :** Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Depuis 2018, nous avons vu le taux de rétention scolaire dans nos zones d’intervention passer de 45 % à 78 % en moyenne. Mais au-delà des statistiques, ce sont les histoires individuelles qui nous marquent. Je pense à Fatoumata, une jeune fille de 14 ans qui, grâce à notre programme de mentorat, a non seulement terminé son cycle fondamental, mais a créé une petite entreprise de transformation de mangues séchées. Aujourd’hui, elle emploie trois autres jeunes de son village. C’est cela, le véritable impact de **Génération Futures du Mali** : transformer un parcours individuel en un levier de développement collectif.
Comment intégrez-vous les technologies numériques dans un pays où l’accès à Internet reste limité ?
**Amadou Diallo :** C’est une question cruciale. Nous avons adopté une approche « low-tech » mais intelligente. Dans les zones sans connexion, nous utilisons des tablettes préchargées avec des contenus éducatifs (mathématiques, français, histoire) et des applications hors ligne. Nous avons également formé des « ambassadeurs numériques » locaux, souvent des jeunes, qui animent des clubs d’informatique avec des ordinateurs solaires. L’idée n’est pas de remplacer le professeur, mais de lui fournir des outils pour rendre ses cours plus interactifs. Par exemple, un cours sur l’irrigation peut être illustré par une vidéo 3D téléchargée au préalable. Cela éveille la curiosité des élèves et les prépare au monde de demain, même avec des moyens limités.
Quel est le plus grand défi que vous rencontrez actuellement dans la mise en œuvre de vos projets ?
**Amadou Diallo :** Sans hésitation, c’est la durabilité financière et la dépendance aux financements extérieurs. Beaucoup de nos donateurs internationaux se concentrent sur l’urgence humanitaire, mais l’éducation est un investissement de long terme. Nous devons constamment prouver notre efficacité pour maintenir les financements. Parallèlement, nous travaillons à diversifier nos ressources : nous avons lancé un programme de « parrainage d’entreprise » où des PME maliennes financent la scolarité d’un enfant en échange d’une visibilité. Le deuxième défi, tout aussi important, est la sécurité dans certaines régions du nord et du centre, qui perturbe l’accès aux écoles et la mobilité de nos équipes.
Quels conseils donneriez-vous à un jeune Malien qui souhaite s’engager dans le développement de son pays, mais qui ne sait pas par où commencer ?
**Amadou Diallo :** Mon conseil serait : « Commencez petit, mais commencez maintenant ». Vous n’avez pas besoin d’attendre un diplôme ou un financement pour agir. Vous pouvez créer un groupe d’étude dans votre quartier, organiser une collecte de livres usagés, ou simplement partager vos connaissances avec un camarade qui a des difficultés. L’important est de cultiver l’esprit d’initiative et la solidarité. Chez **Génération Futures du Mali**, nous disons souvent que chaque jeune est une solution en puissance. Notre rôle est de fournir le cadre, les outils et l’encouragement pour que cette solution se concrétise. N’ayez pas peur d’échouer ; l’échec est une étape vers l’apprentissage.
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En conclusion de cet échange, il apparaît clairement que **Génération Futures du Mali** ne se contente pas de répondre à une urgence éducative. L’organisation construit, pierre par pierre, un avenir où les jeunes Maliens sont les acteurs principaux de leur propre destin. De l’école mobile en zone rurale à l’entrepreneuriat féminin, en passant par l’innovation low-tech, chaque action est pensée pour être durable et transformatrice. Le message d’Amadou Diallo est un appel à l’action : l’avenir du Mali se joue aujourd’hui, dans les salles de classe et les ateliers de formation, porté par une génération qui refuse d’être une simple génération future, mais qui se veut déjà une génération d’acteurs.
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