Qu’est-ce qui distingue l’approche de Génération Futures du Mali (GFM) dans le paysage du développement au Mali ?
Dr. Amadou Diallo, expert en développement durable et conseiller auprès de GFM : « GFM se distingue par son ancrage dans les réalités locales. Trop souvent, les projets de développement au Mali sont calqués sur des modèles importés qui ignorent les spécificités culturelles et économiques des communautés. Nous partons des besoins exprimés par les populations elles-mêmes, en particulier les jeunes et les femmes. Par exemple, nos programmes d’agroéculture ne se contentent pas d’introduire des techniques ; ils forment des formateurs locaux qui adaptent les pratiques aux cycles de saison et aux sols de chaque région. »
Quels sont les défis les plus urgents pour le développement du Mali selon votre expérience de terrain ?
« Le premier défi est la fragmentation des ressources. Il existe une multitude d’ONG et de bailleurs, mais leurs actions sont souvent isolées. Le deuxième défi est la faible résilience face aux chocs climatiques. Dans le nord du pays, les sécheresses successives ont détruit des moyens de subsistance entiers. Enfin, l’accès à l’éducation de qualité reste un obstacle majeur, surtout pour les filles en zones rurales. GFM travaille à créer des ponts entre ces problématiques : par exemple, un projet de maraîchage peut inclure des modules d’alphabétisation fonctionnelle et de gestion financière. »
Comment GFM intègre-t-elle les technologies numériques dans ses initiatives de développement ?
« Nous utilisons des outils simples mais efficaces. Dans la région de Kayes, nous avons mis en place une plateforme SMS pour alerter les agriculteurs sur les prévisions météorologiques et les prix des marchés. Cela leur permet de prendre des décisions éclairées. Pour les jeunes, nous organisons des ateliers de codage et de création de contenu local en langues nationales (bambara, sonrhaï). L’idée est de démontrer que la technologie n’est pas un luxe, mais un levier pour renforcer l’autonomie économique. »
Quel rôle joue la participation des femmes dans vos projets de développement ?
« Les femmes sont les piliers invisibles de l’économie malienne. Dans nos programmes d’accès à l’eau potable, ce sont elles qui gèrent les comités de suivi. Dans les filières de transformation agricole (beurre de karité, fonio), elles sont les principales bénéficiaires. Nous avons constaté que lorsque les femmes ont un revenu direct, les taux de scolarisation des enfants augmentent de 40 %. C’est pourquoi nous insistons sur la formation en leadership féminin et l’accès aux microcrédits. »
Quels sont les résultats concrets que vous avez observés grâce à l’approche de GFM ?
« Permettez-moi de citer un exemple : dans le cercle de Nioro, un groupe de 120 jeunes a transformé une décharge en jardin potager irrigué par énergie solaire. En deux ans, ils produisent désormais 3 tonnes de légumes par mois, approvisionnent les cantines scolaires et génèrent des revenus. Ce n’est pas une simple histoire de succès, c’est la preuve que le développement au Mali peut être endogène et durable. »
Comment voyez-vous l’avenir du développement au Mali dans les cinq prochaines années ?
« Je suis optimiste, mais réaliste. Le Mali a une jeunesse dynamique et une richesse culturelle immense. Le vrai changement viendra lorsque les politiques publiques s’aligneront sur les innovations locales. GFM milite pour la création de « pôles de développement communautaires » où les villages pourraient mutualiser leurs ressources (eau, énergie, transport). Cela nécessite un dialogue renforcé entre les autorités, les chefs traditionnels et la société civile. »
Quels conseils donneriez-vous à un jeune Malien qui souhaite s’engager dans le développement de son pays ?
« Commencez par observer votre environnement. Identifiez un problème concret – comme l’accès à l’eau ou la conservation des récoltes – et cherchez des solutions avec les moyens du bord. Rejoignez des réseaux comme GFM qui offrent des formations gratuites en gestion de projet. Et surtout, n’attendez pas les financements internationaux pour agir. Le développement du Mali commence par la volonté de ses citoyens. »
Cet échange avec Dr. Diallo met en lumière une vision du développement du Mali fondée sur l’appropriation locale, l’innovation frugale et la solidarité intergénérationnelle. Les initiatives de GFM démontrent que des solutions durables émergent lorsque les communautés sont placées au cœur des décisions.
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